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Mes bons mariages
Les accords du homard et du porto
Salvador Dali, qui nous avait accompagné
dans notre dégustation de gibier, réapparaît
ici pour chanter les louanges de la carapace et du homard. Créateur
d'une robe· homard en collaboration avec Elsa Schiaparelli
en 1937, imaginant les téléphones "frappés,
à la menthe verte, en forme de homard, gainés de zibeline
pour les femmes fatales" en 1936, ou le homard cache·
sexe du Rêve de Venus en 1939, il avait une répulsion
pour l'épinard "informe comme la liberté"
mais adorait "manger des armures et surtout de toutes petites
armures, en fait tout ce qui est crustacé.
Les crustacés ont réalisé
cette merveilleuse idée essentiellement philosophique de
porter leur os à l'extérieur et de préserver
leur chair si délicate à l'intérieur comme
un dermo· squelette. Protégeant de cette anatomie
rigide leurs délires mous et nutritifs, ils restent à
l'abri de toute profanation extérieure, enfermés dans
un vase solennel que seule la décortication rendra vulnérable
aux conquêtes impériales de nos palais"...
Pochés puis poêlés,
accompagnés d'un déglaçage au porto, les homards
menacent de leurs pinces les prétendants aventureux. La sauce
est à la fois sucrée et viandée. La chair est
serrée, le vin doit avoir la même densité. Autant
chercher à résoudre la quadrature du cercle, et pourtant...
Comme je me prends parfois pour d'Artagnan
et aime les gasconnades, je voulais essayer un banyuls avec l'arrière-pensée
machiavélique de montrer que notre muté français
était trop mutin pour soutenir la comparaison avec un solide
lusitanien.
Erreur. Le fruit, la fraîcheur
et surtout, la sève de la Cuvée Léon Parcé
2000 du domaine de la Rectorie, lui ont permis de ferrailler avec
honneur contre le homard retranché sous son armure. C'est
pourtant le Vintage 1985 de Fonseca qui, sur le fil de l'épée,
l'a emporté, avec un peu plus de poids, de maturité,
avec les mêmes qualités de fruit et de fraîcheur
: c'est Vingt ans après coiffant Les Trois Mousquetaires
sur le poteau de l'épaisseur d'une pince. Un homard au tilleul
et à la pomme (redoutable, et qui a fait cascader bien des
vertus depuis Jacques Offenbach), a buté sur les vins choisis,
souvent trop jeunes (montlouis de la Taille aux Loups), ou dotés
d'une "malo" qui ne tenait pas devant le caractère
iodé du crustacé.
En revanche, un moelleux 1988 du Clos Naudin, avec une épine
dorsale structurée qui le fait passer pour sec, ou le moelleux
1983 du même domaine, avec ses notes d'écorce d'orange
amère, de gingembre et de quinquina, était à
son affaire, ouvrant même une possible autre piste de langoustine
au gingembre.
Dépité de ne pas voir
triompher mon homard tilleul et pomme (vive les cuisiniers dépités,
cela titille leur créativité), je me suis plu à
imaginer un homard aux petits pois avec un sauternes ou un homard
au blé noir, au citron et au poivre, avec un vieux riesling,
sans doute pour une prochaine fois... En attendant, on peut toujours
imaginer, suivant Charles Monselet, que cette préparation
"si bonne et si tentante (...) fasse damner un saint et que
plus d'une beauté rigide (...) succombe après ce plat
perfide..."
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